Une minute de danse par jour (03 06 2022)/ danse 2698 (One Minute of Dance a Day).

21h38, Théâtre de la Bastille,Paris 11e.
Une danse avec Matthieu.

9:38 p.m., Théâtre de la Bastille,Paris 11.
Dancing with Matthieu.

Une minute de danse par jour

Un projet quotidien de performance initié le 14 janvier 2015 par Nadia Vadori-Gauthier:

uneminutededanseparjour.com

vimeo/nvg
facebook.com/uneminutededanseparjour
oneminuteofdanceaday.tumblr.com

Depuis l’attentat de janvier 2015 à Charlie Hebdo, à Paris, et ceux des jours qui ont suivi, je me suis lancée dans un projet quotidien de performance, un acte de résistance poétique : Une minute de danse par jour.

Tous les jours, je danse une minute et quelque, dans les états et les lieux dans lesquels je me trouve, et je poste la danse en ligne le jour même sur internet ou les réseaux sociaux. Je danse à l’extérieur ou à l’intérieur, dans des espaces publics ou privés, seule ou avec d’autres, des inconnus ou des amis.

Je danse comme on manifeste, comme une petite mais quotidienne, pour œuvrer à une poésie vivante, pour agir par le sensible contre la violence de certains aspects du monde.

C’est la réponse que j’ai trouvée pour m’impliquer en acte, à ma mesure, dans une action réelle et répétée qui puisse déplacer les lignes, faire basculer le plan ou osciller la norme.

Ce qui compte pour moi c’est ce que permet la danse, la relation qu’elle crée, ce qui est mis en jeu.
C’est un engagement esthétique (C’est à dire qui engage la sensibilité), un engagement poétique, éthique et aussi radical à la petite échelle qui est la mienne.

C’est dans ce monde, qui est le nôtre que je danse chaque jour, sans exception, pour ne pas céder à l’anesthésie, la peur ou la pétrification et créer des connexions vivantes. Comment agir de façon locale, infinitésimale, à ma mesure, afin de contribuer à la création de liens et au décloisonnement ?Chaque danse témoigne d’un jour particulier et de la succession des jours. Petit à petit, s’élabore une série, qui comme un journal, qui s’inscrit dans une histoire qui se tisse à la fois d’éléments privés et publics, intimes ou collectifs.

Au départ, projet microlitique de proximité a été inspiré d’une phrase de Nietzsche :
« Et que l’on estime perdue toute journée où l’on n’aura pas dansé au moins une fois. »

et aussi d’un proverbe chinois :
« Goutte à goutte l’eau finit par traverser la pierre. »
Cela signifie qu’une action minime et répétée peut finir par avoir un grand effet.
La goutte d’eau, ce sont les danses, quotidiennes, sans armes ni boucliers. Et la pierre, c’est un certain durcissement du monde (communautarismes, hiérarchies, consumérismes, dogmatismes), la désolidarisation d’avec la nature et le manque d’une dimension poétique active au quotidien.

Parce que je pense que notre monde est en carence de poésie comme le désir a besoin d’eau.
Les premiers mois, je dansais les interstices du quotidien, du banal, sans faire d’écho particulier à l’actualité. Mais, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il m’a semblé que les circonstances exigeaient de moi un lien direct à ce qui se passait, tout au moins lorsque l’actualité entrait en résonance particulière avec les enjeux qui m’ont engagée à danser. Je suis donc entrée en dialogue avec un contexte plus large et aussi plus collectif : les élections, la COP21, les manifestations pour le climat ou contre la loi travail, Nuit Debout, certains des nombreux attentats qui ont eu lieu en France et dans le monde, la coupe de monde du football, la situation des migrants à Calais et à Paris, la coupure des budgets à la recherche concernant par exemple les études de genre, la journée du droit des femmes, la défense des droits des homosexuels et minorités en regard de la situation en Tchétchénie, les morts de Bowie, Chuck Berry, Boulez, ou d’autres, la pollution de l’air, le Brexit, l’interdiction des sacs plastiques en caisse aux supermarchés, les inondations, le droit au logement…

Au fil du temps, j’ai éprouvé la nécessité de continuer d’accompagner cette période de bouleversements : une danse par jour, chacune valant pour un jour, un jour particulier, comme un cristal prélevé sur le flux du temps qui s’écoule. Parfois aussi, je me suis prise à rêver ou à imaginer ce qu’aurait été ce projet dans d’autres périodes transitoires de l’histoire (la Révolution industrielle, l’Avant-guerre, l’Après-guerre) et j’ai ainsi trouvé a force de poursuivre afin de témoigner à ma façon de cette période de transformation, de cette periode liminale que nous vivons. La succession des danses est donc inséparable d’un contexte d’une histoire, d’un territoire. Elle se compose au fil des jours en dialogue direct avec les choses.