Légende : Le viol du Pouvoir / © Deborah de Robertis / Photo : Guillaume Belvèze

La performance Le viol du Pouvoir a eu lieu dimanche 26 septembre place Vauban, derrière l’Hôtel des Invalides à Paris. Elle a duré pendant deux heures et demie. Dès 8h, Deborah de Robertis en Marianne accompagnée d’autres Mariannes, étaient sur la statue du maréchal Gallieni, avant la première arrivée de la police 20mn plus tard. Une trentaine de policiers armés sont sortis de leurs vans au fil de la performance, encerclant la statue, empêchant les photographes et cameramans de continuer à prendre des images et délimitant la zone. Après un face à face de deux heures, les Mariannes ont été arrêtées et mises en garde à vue vers 10h30. Elles sont sorties de garde à vue dimanche soir. 

À la première heure du jour, six Mariannes reprennent possession de l’Histoire, ébranlent le pouvoir. Le corps souillé reprend ses droits. Le colon est déchu de l’Histoire, les Mariannes lui tournent le dos et violent son effigie. La statue place Vauban, exhibant vulgairement son architecture phallique, est la représentation immonde du Patriarche : il s’agit d’un colon qui utilise littéralement 4 femmes comme piédestal pour exhiber impunément son crime.

La statue a un sexe : c’est un sexe d’homme. Le colon est un homme, le tyran est un homme, le dictateur est un homme. Ce qu’ils ont en commun est une bite : la colonisation est un viol. 

Cette queue blanche camouflée par le bronze s’exhibe comme un trophée au cœur de Paris dans une société où la nudité féminine est systématiquement renvoyé au statut d’exhibition sexuelle. 

La statue est attaquée. Déjà vandalisée, bâchée, elle est toujours érigée et continue à nous narguer.  Marianne mute, se démultiplie en créatrice monstrueuse qui attaque la République de l’intérieur. Marianne suinte, son corps nous regarde, ses yeux nous jugent, nous condamnent. 

Marianne, sans-culotte, porte la vie et ouvre son sexe monumental : « nous sommes à ce moment où l’angle de vue se renverse pour raconter le monde à partir de ce trou béant qu’est notre regard absent de l’histoire. Le sexe s’ouvre, Marianne tient l’Origine du Monde entre ses mains.  

Le renversement par l’art opère à la suite de siècles de silence, il est le résultat d’une recherche et d’une pensée conceptuelle. Ce n’est pas un accident de l’Histoire mais un accouchement, dans la douleur et dans le sang. 

Marianne s’éventre, détruisant le mal(e) sous toutes ses formes à la façon de la déesse Kali, et elle déverse ce qu’elle ne peut plus contenir. Le sang coule sur la pierre. 

Caméras au front, les corps – sortant de leur statut d’objet, deviennent sujets. Les femmes violent le Pouvoir, et non l’inverse. 

Les Mariannes nous regardent, en femmes fontaines, éjaculent à la face du colon, jouissant de violer le pouvoir. 

Après avoir été des muses, nous, Mariannes, créatrices de notre propre image, nous nous émancipons de l’œil du pouvoir patriarcal et colonial. Non, Marianne n’est pas une jolie muse blanche et bandante. Marianne est le miroir du monde : Marianne c’est #noustoutes. 

À vous toutes, soeurs allié.es : l’art ne saurait se passer de votre œil-miroir. Cette œuvre existe pour elle-même et s’honore de votre regard.

Deborah de Robertis