Op 4 oktober 2018 vond in het Amsterdamse Perdu het programma ‘Lascaux: mystiek en erotiek in de hedendaagse kunst en poëzie’ plaats. Yes The Void publiceert in deze serie teksten, beelden en geluidsfragmenten van deze avond. In dit derde deel de clip van ‘Edrim’.

Poem: Rim Battal (From: Vingt poèmes et des poussières, Lanskine, 2015)

Reading: Edwin Fagel (Dichtersmarathon 2016, Perdu Amsterdam)

Clip: Laurette Massant

 

 

MOI, JE, TOI, QUI

 

Moi, je.
Oui, moi. Moi? Moi qui?
Moi qui suis déjà qui suis-je?
Un prénom. Un nom. Un âge. Un visage. Quelgeues rides. Un cheveau blanc. Deux. Trois. Plein. Plein. Plein. Tout plein. Un bouton par-ci. Un bouton par-là. Des seins plutôt jolis. Un cul plutôt bas. Des jambes. Rien à dire sur les jambes. Des jambes banales, quoi. Un ventre plat. Des maines fines. Un dos droit. Des épaules douces. ça c’est moi. Des cheveux denses. Des yeux noirs. Comme les cheveux d’ailleurs. Une peau capricieuse.  Un peu capricieuse. Un peu. Un peu de tout. C’est-à-dire pas grand chose. Oui, moi. Moi qui ne suis rien encore.

Oui moi qui. Moi encore.

Mais encore. Moi, je.
Une dent. Une dent qu’on arrache. Comme ça. Comme ça je t’ai arrachée. Maintenant ça va. Merci de demander. Maintenant ça va, je peux mâcher. Alors je mange, j’ai faim. Je mange de tout. Tout.
Je suis une mangeuse d’hommes. OM NOM NOM NOM.
J’ai une dent contre le monde. Et une autre contre ma génération.
Entre les deux, beaucoup de choses immondes. Coincées, comme ça. Comme toi.
Toi, oui, toi.
Toi. Toi.
Toi, toi, toi.
Et toi. Et toi aussi. Les hommes de ma vie. Tirez-moi. Tirez-vous. Tyrans, je suis anesthésiée. Vous n’aurez rien. Des miettes, sinon. Un peu. Un peu de tout. Pas grand chose, tyrans.
Tirésias avait raison,
Moi, je.

 

From:

Rim Battal: Vingt poèmes et des poussières. (Lanskine, 2015)

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